Comment écrire une nouvelle ?

Machine-ancienne-150x150On me pose de nombreuses questions au sujet des nouvelles.

Ce que je peux en dire + quelques copies d’articles abordant ce sujet :

QU’EST-CE QU’UNE NOUVELLE ?

La nouvelle, c’est l’art de l’ellipse où : « Ne se glisse pas un mot qui ne soit pas une intention » disait Baudelaire à propos d’Edgard Poe

A la fin d’une nouvelle, on se souvient bien du début, pour un roman, on doit avoir oublié le début.

Un roman s’écrit en augmentant et en développant,
la nouvelle s’écrit en coupant et en supprimant toutes les phrases inutiles.

Quelques conseils de rédaction :

– Avant d’écrire la première ligne, il faut savoir, comment on dirait à haute voix ce que la nouvelle va raconter.

 – Le plus simple est d’écrire la nouvelle à la troisième personne.
Le narrateur n’apparaît pas et le récit se raconte de lui-même.
Si le récit est écrit à la première personne, c’est alors un témoin de l’histoire qui raconte.

– Une nouvelle débute sur une situation qui peut être banale, heureuse ou malheureuse.
Mais quelque chose vient bouleverser la vie du personnage principal et perturber ou rompre la situation de départ.
Souvent le personnage principal prend l’initiative et traverse des épreuves qui vont changer sa vie.
Le caractère du personnage est toujours plus simple que celui d’un personnage de roman. Inutile de le décrire en détail.

– Dans une nouvelle, le nombre de personnages est réduit : jamais plus de trois. Un ou deux, c’est encore mieux.

– La nouvelle doit démarrer fort et finir très fort. Les lecteurs doivent, dès les premières lignes, être captés par le climat général.

–  La nouvelle doit se lire d’une traite. C’est toujours une histoire courte et attractive.
Le style doit être vif, concis et avec du rythme. Pas de temps mort.
Supprimer tous les adjectifs ou adverbes inutiles.

– La chute, (fin) en deux ou trois lignes, doit étonner, surprendre ou émouvoir.
Une bonne chute est imprévisible, elle arrive comme une surprise.

– Souvent, la fin déconcerte et nous laisse quelques instants décontenancés.

A la relecture, supprimer tout ce qui est redondant et tout ce qui n’est pas essentiel au texte

ATTENTION ! Une nouvelle est mal écrite quand on voit trop les ficelles.

 

Laissez reposer

Une fois écrite, laissez reposer votre nouvelle pendant quelques jours.

Puis, avec le recul, supprimez les ornements, ils nuisent à la force de la nouvelle.

Faites comme Charles Chaplin qui disait qu’après un film il « secouait l’arbre », il faut, disait-il ne garder que ce qui tient aux branches.

Les Anglos Saxons sont des maîtres du genre, c’est l’une des formes littéraires les plus vivantes.

Parmi eux : Henry James, Raymond Carver, Saki, Flannery O’Connor, John Updike, etc.

Articles :

« Sur la nouvelle, on entend tout, son contraire et parfois n’importe quoi. Que c’est un genre mineur, typiquement anglo-saxon, que cela se vend moins bien que le roman. Pourtant, le succès de La première gorgée de bière – ce recueil de textes courts de Philippe Delerm (Gallimard-L’Arpenteur, 1997) qui s’est vendu à 1 million d’exemplaires – aurait, sinon ouvert une voie, du moins encoura­gé les éditeurs à en publier davanta­ge. Qu’en est-il réellement ? Dominique Gaultier, fondateur des éditions Le Dilettante, qui fêtent cette année leurs 20 ans, a toujours publié de « petits» livres : « Quand j’ai commencé, les éditeurs étaient plus réfractaires ; ils préfé­raient les romans. » C’est ainsi qu’il édita Vincent Ravalec ou encore Anna Gavalda. Quand, en 1999, il publie Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, il ne pouvait prévoir que ce recueil de nouvelles atteindrait 230 000 exemplaires.

Pour lui, comme pour l’ensemble des éditeurs, cela reste pourtant l’ex­ception. Christine Jardis, auteur et éditrice chez Gallimard, remarque :

« Si la nouvelle fait son chemin en France, elle reste moins suivie qu’en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. »

Olivier Cohen, fondateur des Édi­tions de l’Olivier et directeur de l’édi­tion au Seuil, est plus radical : « Publier des nouvelles est économi­quement suicidaire. Peut-être parce qu’en France on pense que le roman est la voie royale de la littérature ».

Pourtant, si les Anglo-Saxons ont porté ce genre à la perfection, la tra­dition est bien franco-russe : que l’on songe seulement à Maupas­sant, Gogol ou Tchekhov. Pour Oli­vier Cohen, cela tient aussi au systè­me mis en place aux Etats-Unis : outre les bourses et prix consacrés aux nouvelles, les publications d’an­thologies et la parution, dans le New Yorker, de nouvelles inédites, ainsi que les ateliers d’écriture, favo­rables au genre, permettent l’éclo­sion de nouveaux talents.

L’UNIVERSEL DANS L’INTIME

Typiquement anglo-saxonne, la nouvelle ? Rien n’est moins sûr, même si force est de constater qu’elle est davantage soutenue outre-Atlantique. En France, il aura fallu attendre les succès de Philippe Delerm puis d’Anna Gavalda pour que les éditeurs se montrent moins frileux. Pour ces derniers, le genre devient rentable. De petits éditeurs comme Delphine Montalant, qui a fait découvrir Jean-Philippe Blondel, s’en sont même fait une spécialité. Pour les auteurs, la voie est ouverte. Certains parlent de minimalisme, Raymond Carver préférait le terme « miniaturiste », quand Philippe Delerm parle, lui, de « genre fractal ». Trouver l’Universel dans l’infime, écrire les trois fois rien, aux grandes fresques préférer les petites gouaches, voilà de quoi est faite, en substance, la prose Delerm. Pour Anna Rozen, auteur du beau succès que fut, en 1999, Plaisir d’offrir, joie de recevoir (Le Dilettante), « il ne faut pas chercher à rallonger la sauce. On n’est pas Dumas, on n’est plus payé à la ligne.

Il faut laisser le texte prendre la place qui lui convient ». Si elle privilégie la forme courte, c’est, dit-elle, parce qu’elle préfère aux explications et descriptions les phrases rythmées et les textes qui dansent.

C’est dans cette tendance que s’inscrit Danièle Pétrès. Dans Le Bonheur à dose homéopathique (Denoël, 2002), elle se faisait « sismo­graphe du presque rien ». La nouvel­le devient alors vignette ou Photo­maton de nos vies ordinaires. « Ce qui m’intéresse, explique-t-elle, c’est de capter le moment décisif, comme disait Cartier-Bresson. » Olivier Rubinstein, son éditeur, assimile cet­te veine au travail d’Araki, « dont les Polaroid, pris au quotidien, finissent par former le roman de sa vie ».

Danièle Pétrès cite volontiers Ray­mond Carver ou Annie Saumont sans doute l’une de nos meilleurs nouvellistes aujourd’hui : « Ils m’ont encouragée parce qu’ils parlaient des choses sans les mettre dans une perspective épique. ».

Pour AndreÏ Guelassimov – un des auteurs russes les plus prometteurs (Actes Sud) -, « Ce genre de textes courts est sans doute de plus en plus populaire parce qu’il tend à refléter la structure d’une jour­née. Pas d’une année, ni de dix. Or, de nos jours, on préfère vivre ici et maintenant ». Edgar Keret – qui, avec Orly Castel-Bloom, est l’un des meilleurs nouvellistes israéliens (Actes Sud) – renchérit : « Je pense que la nouvelle est un genre qui convient particulièrement à notre région, impatiente et névrotique. Quel meilleur moyen, en effet, pour représenter une réalité fragmentée que l’écriture fragmentaire ? »

La nouvelle serait-elle à un tour­nant, reflétant un monde où l’ins­tant prime sur un avenir incertain ?

Pour Gaëlle Obiégly – dont le très beau Faune parait chez l’Arpenteur -, c’est une manière de sortir du schéma obligatoire : début-milieu­ fin. Pascale Richard, son attachée de presse, remarque « qu’au­jourd’hui, le fait que cela soit des nou­velles aide, au contraire, à susciter l’intérêt ». De là à dire que les textes courts se vendent mieux… Philippe Delerm, qui, à côté d’un recueil, sort en mai un roman, aura tout de même attendu trente ans avant d’être publié dans « la Blanche ».

Pas de conclusion hâtive, donc. C’est ce qui fait d’ailleurs, comme le souligne Dominique Gaultier, « tout le charme, le mystère et la liberté de notre métier ».

Émilie Grangeray, Le Monde Littéraire 4/3/2005

Le sens du mot nouvelle

» Il a fallu des siècles pour que l’on donne au mot nouvelle le sens qu’il a pris aujourd’hui. Au XVIIIe siècle, on appelle ainsi des histoires en prose ou en vers. En fait, ce sont souvent des romans et ils peuvent avoir plus de 500 pages. Ces « nouvelles » de l’époque classique sont analogues aux histoires qui étaient insérées dans les gros romans de l’époque baroque. On emploie aussi le mot conte. On parle des Romans et contes philosophiques, de Voltaire. On ne distingue pas très bien le conte, la fable et le roman. Pour le faire, on ajoute souvent un adjectif : nouvelle morale, nouvelle historique, nouvelle espagnole… C’est au XIXe siècle que la nouvelle se sépare du roman, même si elle ne se différencie pas encore très bien du conte. Henry James classe ses oeuvres en tales, novellas, novels et il semble que son seul critère soit la longueur.

À partir de cette époque, le destin de la nouvelle, au sens moderne, semble lié à des conditions économiques. J’ai observé qu’elle prend son essor, dans un pays donné, lorsqu’il existe une presse et des revues capables de faire vivre les auteurs. C’est la France de Maupassant, la Russie de Tchekhov, les États-Unis de Hemingway, Faulkner, Scott Fitzgerald, entre les deux guerres. Écrivez une nouvelle, aujourd’hui, en France, et vous ne saurez qu’en faire. Et si, auteur débutant, vous apportez un recueil à un éditeur, il y a une bonne chance qu’il vous réponde : « Elles sont pleines de talent. Mais vous ne voudriez pas commencer par nous donner un roman ? »

Pour en revenir à Scott Fitzgerald, qui en a écrit plus de cent soixante, il prétendait qu’il les écrivait pour l’argent, que c’était une corvée et qu’il aurait préféré se consacrer au roman. Il les écrivait en trois jours, plus un jour ou un jour et demi de mise au point, et les expédiait aussitôt. L’ennui, c’est que The Saturday Evening Post, le plus prospère des slicks, les magazines sur papier glacé, celui qui payait le mieux, ménageait son public bien pensant. Il était interdit de parler de suicide, par exemple. Le journal se serait volontiers passé de « la touche de désastre », qui était la marque de Fitzgerald, pour n’en garder que le glamour. Il refusa quelques unes de ses meilleures histoires, en particulier Un dimanche de fous, qui se passe à Hollywood et où risquaient de se reconnaître Norma Shearer, Irving Thalberg, John Gilbert et Marion Davies. Hearst veillait au grain.

Il arriva que le journal coupât des passages. Scott recueillait les débris dans ses Carnets, sous la rubrique B (Brillants déchets). Il avait aussi un classeur pour les « Nouvelles rejetées et démantibulés ». Lui-même a prétendu, sans que l’on sache si c’était vrai, qu’il écrivait ses nouvelles de son mieux et qu’il les abîmait ensuite, pour les rendre comestibles aux lecteurs des magazines. Il disait qu’elles étaient assez bonnes pour passer une demi-heure chez le dentiste. Il est en contradiction avec Henry James qui assurait que l’on peut « à la fois aimer les dollars et avoir une haute conscience de son art »….

Le déclin venant, Scott Fitzgerald passa du Saturday Evening Post à Esquire, et fut payé de moins en moins cher. Zelda, elle, faisait peu de cas de la valeur littéraire de son mari, et trouvait qu’écrire pour le Saturday Evening Post, c’était épatant. Vers la fin de la vie de Scott, elle lui suggéra de recommencer à travailler pour le Post. Il lui répondit que le nouveau directeur était un jeune ambitieux qui se fichait éperdument du style et ne publiait plus que des histoires de pêche, de football ou du Far West. Il ajoutait : « On n’a plus aucune chance de vendre une histoire qui ne finit pas bien (autrefois, la plupart de mes nouvelles finissaient mal, si tu te souviens). »

Quelle est la différence entre une nouvelle et un roman ? Pour moi, la principale est ce qu’éprouve l’auteur. La nouvelle, c’est un morceau de réalité, découpé net, une histoire avec un début et une fin qui semble tirée de la vie (alors que dans la vraie vie, la plupart du temps on ne sait jamais à quels moments précis commence et finit une histoire). Goethe la définit comme « un événement inouï et qui a eu lieu ». « On l’écrit en peu de temps et l’on n’y pense plus. Tandis qu’un roman, c’est un compagnon qui habite avec vous pendant des mois, parfois des années. Et c’est assez délicieux. Quoi qu’on dise, il n’est pas très difficile d’écrire une nouvelle. Mais la réussir… »

Jean-Jacques Rousseau déclare bizarrement que la nouvelle est comme la Corse de la littérature, où l’unique législateur est la nature. « Une nouvelle doit avoir la précision d’un chèque bancaire », décrète Isaac Babel. Le même Babel écrit une nouvelle… sur une nouvelle. Le narrateur, en aidant une riche bourgeoise à traduire L’Aveu, de Maupassant, finit dans ses bras.

Au début, la nouvelle, sans doute parce qu’elle est destinée à la presse, est une histoire bien bouclée, qui se termine par une chute. On a souvent l’impression qu’elle n’a été écrite que pour cette chute, le jeu de mots final. Sherwood Anderson, l’aîné des écrivains américains dont j’ai parlé, délivre la nouvelle de la camisole de force du conte bien fait, lui offre la liberté. Tchekhov, encore mieux, rompt avec la règle d’une histoire fermée. Ses nouvelles s’achèvent souvent sur une sorte d’accord musical qui contredit ou met en doute ce qui précède. Un seul exemple : La Fiancée. La jeune provinciale part enfin pour Moscou, pour toujours. Mais Tchekhov ajoute, doucement : « À ce qu’elle croyait. ».

Roger GRENIER

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